Bonjour à tous,
Voici cette semaine un livre que nous propose Jean-Michel. Incroyable cette histoire ! incroyable et pourtant le point de départ est un fait réel ! Incroyable les romans de Carole Martinez ! Si vous aimez « les roses fauves », je vous propose de lire également de Carole Martinez « le coeur cousu » et « du domaine des murmures »… Toujours un fait réel au départ , toujours très étonnant, parfois glaçant, mais (je me redis !) incroyable ! À vous de juger…
Bonne lecture, prenez du plaisir… la semaine prochaine je vous parlerai de Jean Teulé, ah ! celui-là je l’adore…vous verrez… Mais si vous aussi vous voulez participer, soyez les bienvenus, présentez-nous un livre !
Bonne semaine, déconfinés, heureux de l’être, mais…. masque, distanciation, car… ce n’est pas fini !
Sylvie pour l’Autan des Livres

Résumé
Rédigé par Tralilou Lit
Les roses fauves est un roman incroyable, poétique et étrange. Un roman riche et complexe. Un roman plein de femmes.
Avant toute chose, je dois vous parler d’une tradition espagnole autour de laquelle l’autrice construit une part de son récit : à l’aube de leur mort, les femmes écrivent leurs secrets sur des petits papiers nichés dans des cœurs cousus qu’elles lèguent à leurs filles aînées. Elles ne doivent pas les ouvrir, seulement les transmettre à leurs propres filles, de génération en génération.
Ce roman raconte tant d’histoires à la fois. Elles se tissent entre elles, comme les rosiers du jardin de Lola.
Il y a celle d’une romancière, venue s’isoler dans un village breton pour écrire un roman, attirée par silhouette sur une carte postale chinée.
Celle de Lola, la postière boiteuse, vieille fille prenant soin de son jardin, gardienne des cœurs cousus de ses aïeules, qui se métamorphose aux premières lueurs de l’amour.
Celle d’Inès Dolores, que l’on découvre dans les papiers d’un cœur cousu qui s’est ouvert de lui-même : petite fille « bâtarde » et orpheline, découvrant l’amour et le monde à l’adolescence, mère-fille en sortant de son jardin d’enfance et qui connaîtra la guerre civile espagnole.
Enfin, celle d’un fantôme du passé, Marie, boiteuse elle-aussi, veuve d’un homme déjà marié à une autre, isolée du village par superstition et par honte, après la première guerre mondiale.
Ce livre nous parle d’héritage familial, de transmission inconsciente, de répétitions de schémas de vie. Dans la famille de Lola, les femmes ont toutes donné naissance à leurs filles et perdu leurs hommes au même moment ou presque. En découvrant cela alors qu’elle tombe amoureuse, Lola peut-elle échapper à cette mystérieuse malédiction … ? D’ailleurs, son idylle ne ressemble-t-elle pas aussi à l’histoire tragique de Marie … ?
L’écriture est immensément poétique. Le roman est parcouru d’une métaphore filée : les roses qui se déploient au fur et à mesure que le désir des femmes grandit. Mais il y a aussi Mauricette, cette doyenne du village qui perd la mémoire et collectionne les souvenirs dans des bocaux de confitures vides …
Enfin, l’autrice interroge le réel : finalement, quelle est la part de vérité dans la fiction, et la part d’imaginaire dans la réalité. En fermant ce livre, je n’ai pas la réponse, le mystère reste beau et entier.
Extraits
« Des cœurs battent dans la chambre de Lola Cam. Des cœurs de femmes mortes.
Le premier est de satin bleu, c’est celui de sa mère. Le plus douloureux. Elle n’y touche jamais.
Cinq cœurs palpitent sur une étagère.
[…]
Des cœurs de tissu, gros des secrets des mères, hantent les nuits de Lola Cam. »
Carole Martinez, Les roses fauves, Gallimard
« Nous faisons nos choix en lisant, Lola sera un bouquet composé à partir de quelques mots écrits et de vos propres souvenirs, de vos matériaux intimes. Elle sera notre œuvre commune, notre enfant, conçue dans le mitant du livre où nous dormons ensemble, lecteur et auteure, mêlés dans un même nid de ronces. »
Carole Martinez, Les roses fauves, Gallimard
« Comme si mon corps vivant n’était qu’un réceptacle chargé d’accueillir toute la lignée, avec sa somme de rêves, de peurs, de folie, comme si je n’étais qu’un véhicule et que circulaient à travers moi une foule de fantômes. Je suis la gardienne d’une histoire que j’ignore et qui ne m’appartient pas. »
Carole Martinez, Les roses fauves, Gallimard
