Bonjour à tous !
Nouveau « mercredi confiné »… nouveau livre à dévorer !
Ce 17 mars c’est Michel qui nous propose « Aux cinq rues, Lima » de Mario Vargas Llosa.
Régalez vous tout de suite ou prenez en note pour plus tard mais lisez !
Bonne journée (bien ventée) à vous,
Sylvie pour l’Autan des Livres

Aux cinq rues, Lima, Cinco esquinas - Mario Vargas Llosa
Collection FOLIO n°6667
Parution : 06-06-2019
Le carrefour des Cinq Rues, qui donne son nom à l’un des quartiers les plus fréquentés de Lima, est ici le décor d’une brillante comédie de mœurs aux multiples rebondissements, dont le centre étoilé est occupé par un gigantesque scandale politique, médiatique et sexuel.
Quelques photos compromettantes, un maître chanteur, un crime crapuleux : la presse à sensation ne pouvait rêver mieux. Le respectable et riche ingénieur Enrique («Quique») Cárdenas, mais également des figures de la finance, du show-business et même des plus hautes instances du pouvoir se retrouvent éclaboussés par cette affaire.
Une vaillante journaliste surnommée «la Riquiqui» va essayer de démêler le vrai du faux, dans une enquête où l’on croise aussi un poète malheureux, un sulfureux directeur de magazine people et le chef de la police politique du dictateur Fujimori.
En coulisses, loin des rumeurs qui parcourent la ville, l’épouse de l’ingénieur Cárdenas et sa meilleure amie ouvrent un rideau indiscret révélant l’autre affaire derrière l’affaire, celle qui peut-être ne sortira jamais sur la place publique et dont nous, lecteurs, les seuls témoins, devrons garder le secret.
« L’écrivain replonge dans le Pérou vérolé des années Fujimori, vues à travers la lorgnette de la libido, entre érotisme lumineux et sauteries scabreuses.
Par-delà les alcôves, un récit foisonnant et virtuose, et le portrait cruel d’un régime inepte »
Le Magazine Littéraire
L'auteur :
Mario VARGAS LLOSA est né le 28.03.1936 à Arequipa au Pérou.
Il découvre durant ses études Sartre et le marxisme, soutien Fidel Castro et adhère au parti communiste, qu’il abandonnera ensuite le jugeant trop stalinien.
Docteur en littérature à 22 ans, il séjournera l’année suivante à Paris et déclarera :
« C’est à Paris que j’ai écrit mes premiers romans, découvert l’Amérique latine et commencé à me sentir latino-américain ; j’y ai vu la publication de mes premiers livres ; j’y ai appris, grâce à Flaubert, la méthode de travail qui me convenait et su quel genre d’écrivain je souhaitais être… Fraîchement arrivé à Paris, en août 1959, j’ai acheté Madame Bovary et ce roman, que j’ai lu en état de transe, a révolutionné ma vision de la littérature. J’y ai découvert que le « réalisme » n’était pas incompatible avec la rigueur esthétique la plus stricte ni avec l’ambition narrative »
Suivra une longue carrière littéraire mais aussi politique puisqu’il sera le candidat du Front Démocratique Péruvien lors de l’élection présidentielle de 1990 (mais sera battu au second tour par Alberto Fujimori).
Ecrivain prolifique reconnu du Monde entier dès ses premiers écrits, PRIX NOBEL de littérature en 2010, il sera le premier écrivain de langue étrangère à entrer de son vivant dans la fameuse bibliothèque de La Pléiade.
Naturalisé espagnol après sa défaite électorale, il déclarera devant l’académie de Stockholm lors de la remise du prix Nobel : « Je déteste toute forme de nationalisme, d’idéologie – ou plutôt de religion – provinciale, aux idées courtes et exclusives, qui rogne l’horizon intellectuel et dissimule en son sein des préjugés ethniques et racistes, car elle transforme en valeur suprême, en privilège moral et ontologique, la circonstance fortuite du lieu de naissance »

Quelques-uns de ses ouvrages :
- Les Caïds
- La tante Julia et le scribouillard
- La fête au bouc
- La ville et les chiens
- Conversations à la cathédrale
- Qui a tué Palomino Molero
- Au total plus de 50 œuvres, romans, essais, théâtre.
Son style :
Considéré comme le maître du « bouillonnement romantique », ses écrits sont marqués par la spécificité latino-américaine, empreints de réalisme folklorique et émaillés d’envolées poétiques. Ses romans, en particulier ses romans policiers, sont le prétexte à la peinture sociale, soulignant les inégalités économiques, la corruption et la violence, retranscrivant les mutations brutales d’une civilisation marquée par la violence et le sexe où le pouvoir politique apparait comme le symbole du pourrissement moral de la société.
Petit extrait : Chapitre XII – Soupe populaire
Ce menu était toujours à peu près le même, servi dans de vieilles gamelles en fer-blanc toutes cabossées : petite soupe de nouilles, ragoût de légumes au riz et, comme dessert, une compote de pommes ou de citrons. Les assiettes étaient déjà sur la table à leur arrivée ; les employées en tablier coiffées d’un mouchoir leur servaient la nourriture avec d’énormes louches mais, à la fin du repas, c’étaient les pauvres eux-mêmes qui devaient emporter leurs gamelles vers un bac où les mêmes filles qui les avaient servis avec leurs poêles les recevaient et les lavaient. Crecilda dirigeait tout d’une main molle mais énergique ; c’est pourquoi elle vaquait toujours d’un côté à l’autre avec agilité malgré sa corpulence, ses seins énormes, ses jambes musculeuses et ses fesses ballottantes. Cette fois, c’est elle qui le découvrit, assis à côté d’un couple d’Ayacucho qui parlait en quechua. Elle vint lui dire bonjour et de ne pas partir après le repas, qu’il reste prendre un petit maté avec elle afin de bavarder un peu.
Juan Peineta avait fini par apprécier Crecilda – et il pensait qu’elle aussi l’appréciait – surtout lorsqu’il avait découvert qu’elle avait passé de nombreuses années dans le monde de la bohème et que, tout comme lui, sa carrière de danseuse avait été interrompue par la faute de ce démon en pantalon qu’était ce satané Rolando Garro. L’histoire de Crecilda lui faisait de la peine parce que, comme lui, elle était seule au monde. Elle avait eu un fils qui l’avait abandonnée des années auparavant et elle n’avait plus aucun contact avec lui ; il semble que le garçon était parti faire sa vie dans la forêt, ce qui lui donnait un mauvais pressentiment ; elle pensait qu’il pouvait bien être mêlé à quelque chose de mal, peut-être la contrebande ou, pire, le trafic de drogue. Par ailleurs, elle souffrait aussi d’avoir été défigurée par une opération censée lui gommer ses rides. Elle lui avait raconté cet épisode qu’il avait trouvé très triste en vérité : une amie à elle s’était fait retendre le visage par ce chirurgien, un certain Pichin Rebolledo, qui l’avait bien rajeunie. Crecilda avait eu l’audace de l’imiter, souscrivant même un emprunt dans une banque pour le payer d’avance, comme il l’exigeait. Et voyez comment il l’avait arrangée ! Enflée et déformée au point qu’elle pouvait à peine fermer les yeux car ses paupières avaient rétréci. Tout son visage, jusqu’à la naissance du cou, avait perdu ses couleurs pour prendre un ton cireux comme celui d’un cadavre ou d’un tubard. « Ce chirurgien et Rolando Garro, voilà la tragédie de ma vie, avait-elle coutume de dire avec malice. Et je ne me suis fait aucun des deux. » Elle n’en gardait ni aigreur ni rancune, bien au contraire, elle conservait l’esprit alerte et savait affronter l’adversité sans perdre son humour épais et un poil vulgaire. C’était une des choses chez elle qui plaisaient le plus à Juan Peineta : Crecilda savait faire contre mauvaise fortune bon cœur et défier le malheur par ses savoureux éclats de rire.
