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« La vie ordinaire », Adèle Van Reeth : Une réflexion philosophique de l’ordinaire

Bonjour à tous !

Voilà, cette semaine je ne me trompe pas de jour, nous sommes bien mercredi, jour de notre petit rendez vous.  Aujourd’hui c’est Jean Michel qui propose ce livre. Prenez du plaisir à lire, de toutes façons il fait un temps à cocooner accompagné d’un bon livre et d’un bon thé…. (ou chocolat ou vin chaud ! à votre guise !!) 

Et bien sûr soyez prudent

La vie ordinaire

« La vie ordinaire », Adèle Van Reeth : Une réflexion   philosophique de l’ordinaire
Adèle Van Reeth est une philosophe, productrice de radio et chroniqueuse française.

« Dès les premières pages de ce livre, l’auteure nous plonge dans une écriture teintée d’histoire personnelle. L’histoire d’une femme qui s’apprête à donner naissance à son premier enfant et à perdre son père, gravement malade. Entre la beauté d’un commencement et l’horreur de la perte inéluctable d’un parent, l’écrivaine nous livre une réflexion sur la vie ordinaire. Entre rejet et adoration.
Une immersion dans la vie d’une femme, d’une belle-mère et d’une mère en devenir. Quotidien, banalité, charge mentale et grossesse entre autres. La journaliste nous offre une étude de l’ordinaire avec pour « cobayes » ses proches et, pour décor, son quotidien. Une écriture fluide basée sur des concepts philosophiques et sur un récit du banal et du quotidien. Une réussite. »

…..

L’ordinaire comme philosophie de vie hypocrite

Enfin, Adèle Van Reeth nous met en garde. « La vie ordinaire est une vie d’hypocrite. On fait comme si c’était ”déjà ça” de vivre “tranquillement”, comme si on ne voulait pas d’aventure ». La journaliste et philosophe nous exhorte à vivre, à nous dépasser afin de surmonter cette « intranquillité ». « Que le dard de l’intranquillité vous pique encore et encore ! ». Encore plus en cette période de crise sanitaire et sociétale, ne pouvons-nous pas y voir un plaidoyer à la vie ?
Rarement l’ordinaire aura été étudié sous cet angle en France. Un récit pour une envolée depuis le banal vers l’extraordinaire. »

Emmanuel Guedj – 04 NOVEMBRE 2020

Résumé

« D’où vient ce sentiment d’intranquillité qui nous saisit dans les moments les plus anodins ? Tout allait bien, la journée suivait son cours, et soudain, quelque chose se brise. Quelque chose d’infime, ni de l’angoisse, ni même de l’inquiétude, mais un sentiment doux et tenace, une forme d’intense lassitude qui n’exclut pas le bonheur, ni même l’amour de la vie. Le sursaut d’un homme qui se rappelle qu’il est en vie et qu’il doit, coûte que coûte, continuer. Pas de tristesse, ni de rage. Rien de dramatique. Juste l’intranquillité ordinaire. Difficile de savoir quoi faire de cette expérience, de cet écart qui nous sépare de la vie ordinaire. Comment mettre des mots sur un sentiment aussi fugace que précis ? Pour Pessoa, ce sentiment porte un nom, c’est l’intranquillité. Pour Sartre, c’est la nausée. Pour Montaigne, ce sont les épines domestiques ». La vie ordinaire n’a jamais été un objet étude. La regarder bien en face exige un travail d’écriture et de lucidité douloureuse. Et si c’était le prix à payer pour atteindre une sagesse ultime, celle d’une réconciliation avec notre finitude, seule voie d’accès vers une jouissance de l’existence ? ». C’est un texte de réflexion sur l’ordinaire : « À rebours des éloges de la vie quotidienne, l’ordinaire est vécu comme un problème. L’insatisfaction du quotidien peut donner envie de changer de vie : déménager, divorcer, modifier mon nom, retoucher mon visage. Mais l’ordinaire, c’est ce qui reste quand on a tout changé. Qui que je sois, où que je sois, quel que soit la personne avec qui je vis, je ne pourrai jamais me soustraire à la répétition des jours et des nuits, et cette dimension, la plus ordinaire de mon existence m’est insupportable, au point que toute ma vie est organisée de manière à la fuir, soit en cherchant l’extraordinaire, soit, de manière plus sournoise, en la recouvrant du masque du quotidien. » Le thème de la vie ordinaire a rarement été étudié dans le champ de la philosophie en France et c’est ce qui fait l’intérêt et l’originalité de ce projet qui emprunte la forme du récit pour se déployer. »

Extrait

p. 90

La tranquillité n’est pas de ce monde

La vie ordinaire est une vie de faux-cul. On fait comme si c’était « déjà ça » de vivre « tranquillement ». Comme si on ne voulait pas d’aventure. Le secret du bonheur, ma bonne dame, c’est de savoir savourer les petites choses de la vie ! Rien ne vaut le rire des enfants ! Et la santé, surtout, c’est important la santé ! Vivons heureux, vivons planqués. La tête sous terre, les bras en croix. Regarder l’horloge qui nous renseigne sur l’arrivée de la tombe, et se la couler douce dans les plis du laisser-être.

Sauf que la plupart du temps, on n’y arrive pas. Mieux vaut se l’avouer : puisque l’existence humaine est à la fois provisoire et continue puisque rien ne dure mais que le temps ne se retient pas, la tranquillité n’est pas de ce monde. Et c’est tant mieux. Que le dard de l’intranquillité vous pique encore et encore jusqu’à ce que vous sursautiez de votre tabouret en plastique et vous mettiez à … faire quoi au juste ? Posez-vous la question, au moins une fois, sans regarder l’heure, et demandez-vous si le nombre d’années parcourues, les épreuves et les angoisses endurées, si vous  avez vécu tout ça pour vous réfugier dans la mauvaise foi de l’émerveillement ordinaire, pour vous laisser vivoter du matin au soir, sans envie, sans projet autre que de partager avec les autres les faits qui composent votre journée, sans jamais aller fouiller en dessous, remuer la vase qui encrasse vos désirs et vous fait croire qu’être quelqu’un c’est peser lourd, s’accrocher aux horaires comme si la vie en dépendait, compter le nombre d’heures jusqu’au prochain repas, comparer le prix des gels douche et découvrir, sur le groupe WhatsApp familial que le muesli bio donne des gaz à votre cousine.

Nos journées ne peuvent se composer exclusivement du récit que l’on en fait aux autres. Sinon, autant les inventer et, au lieu d’être les routiniers de l’ordinaire, devenons écrivains.