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La mère noire – Jean-Bernard Pouy et Marc Villard

Bonjour à tous,

 Bientôt fini avec les contraintes, nous le souhaitons tous, bon, allez encore une petite lecture en ce mercredi proposée par Jean-Michel, LA MERE NOIRE de Jean-Bernard Pouy et Marc Villard.

et puis…à bientôt en présentiel !

Sylvie  pour l’Autan des Livres

Résumé

Pouy a imaginé l’histoire d’un père qui élève seul sa fille de 12 ans, petite soeur de la Zazie de Queneau. La mère « elle s’est barrée pour voir le monde avant de devenir une vieille chaussette ». C’est en tout cas ce que raconte Papinou à sa petite Clotilde, qui le raconte à ses copines de classe. Pendant leurs vacances en Bretagne, Cloclo et son père se trouvent embarqués dans une manifestation qui dégénère et la fillette est gravement blessée au visage par un tir de flashball… Villard quant à lui, s’est attelé à l’histoire de la mère, Véro. Les raisons de son départ, sa vie loin de sa famille, mais aussi loin des rives du Gange ou des plages du Golfe d’Arabie où sa fille la croit… Dans un style plus rigoureux et précis que celui de son comparse, qui s’amuse du flot incessant de pensées et de paroles de l’adolescente ou des questionnements sans réponse du père, Villard explore la psychologie d’une femme qui a tout quitté pour se trouver, pour ne pas se laisser dévorer par sa vie. Ensemble, ils racontent une histoire faite de mensonges.

Parution : 11-02-2021

Figures de proue de la Série Noire et du polar français, graphomanes talentueux, Jean-Bernard Pouy et Marc Villard ont entamé en 2005 un dialogue littéraire qui a donné naissance à plusieurs textes à quatre mains. Avec La mère noire, ils reforment leur duo pour la Série Noire et signent un roman riche des échanges et jeux de langage qui les caractérisent.

France inter 18 février 2021 :

Les deux se connaissent bien, et ce n’est pas la première fois qu’ils écrivent à quatre mains. Chez Rivages, depuis 2005, ils ont ainsi publié trois textes. Le premier s’intitulait Ping-pong, et c’était exactement ça, des échanges très vifs, un dialogue littéraire très rapide.

Cette fois-ci, il s’agit plutôt d’un passage de relais. Pouy a écrit la première partie, l’a envoyée à Villard qui s’est chargé de la suite en s’emparant d’un personnage secondaire pour le développer. L’ensemble se présente donc sous l’égide du jeu, chacun restant sur son terrain de prédilection. Et c’est un régal.

Le roman s’ouvre donc avec le texte de Pouy dont le titre est à nouveau un jeu de mots : « L’art me ment ». 

Le ton est donné d’emblée, cette première partie est riche de jeux de langage et de formules aigres-douces dont Pouy a le secret. On rit beaucoup, même si, derrière sa fantaisie, le regard est souvent cruel.

Pouy met en scène deux voix, pleines de gouaille, celles d’un père et d’une fille qui vivent seuls depuis le départ de la mère. La gamine, Clotilde, fait beaucoup penser à la Zazie de Raymond Queneau, auquel le texte fait d’ailleurs explicitement référence.

Difficile de faire le pitch, tant le scénario est farfelu. Et c’est évidemment ce qui en fait le sel. Disons que l’essentiel se passe en Bretagne, dans une petite gare désaffectée rachetée par le père, où sa fille élève des poules. Jusqu’à ce que leur tranquillité soit dérangée par l’intrusion dans leur gare de militants syndicaux défenseurs des petites lignes SNCF.

 

 

Avec la deuxième partie, le ton va changer. Villard prend alors les commandes…

Et va réussir une sorte de novella bouleversante, bien dans sa manière. Il s’empare du personnage de la mère, Véro, absente dans la première partie, soi-disant partie mener sa vie en Inde. Et raconte sa trajectoire après qu’elle ait abandonné sa famille. Un itinéraire qui la conduit en fait dans le sud de la France, en compagnie d’un type à la ramasse. Et de fil en aiguille, dans une clinique psychiatrique.

Véro est une sorte d’archétype des personnages villardiens, des marginaux, des fragiles, englués dans leur destin dont ils ne parviennent pas à s’affranchir. La dérive de cette femme est d’une cruauté absolue, mais le regard de Villard, certes pessimiste, n’est jamais cynique, porté au contraire par une humanité et une tendresse déchirante. L’écriture, économe de ses moyens, proche du réalisme poétique, évite le pathos et le misérabilisme.

Deux textes, un même regard sur la société. 

Les deux écrivains viennent du néo-polar. Dans la première partie, Pouy évoque, en filigrane, le mouvement des gilets jaunes, les territoires oubliés que les trains desservent de moins en moins, les violences policières. Villard quant à lui met en scène des paumés, des exclus, qui vivent dans des cabanons ou des caravanes et finissent chez les « fous » faute d’avoir trouvé leur place ailleurs. Le jeu littéraire mis en place par les deux écrivains est plus sérieux qu’il n’y paraît.

Les auteurs

Jean-Bernard Pouy est un écrivain libertaire français de roman noir et un directeur de collections littéraires. Auteur à succès, il inaugure les collections (Zèbres, Le Poulpe, Pierre de Gondol, Série grise, Tourisme et polar).
Défenseur acharné du roman populaire (Prix Paul Féval 1996), il est à l’origine de la création, en 1995, de la série consacrée au personnage Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe, aux éditions Baleine dont il est l’un des fondateurs. Par la suite il lance la série Pierre de Gondol sur le même principe que le Poulpe, un personnage d’enquêteur littéraire, et la même année la Série grise, une série en gros caractères destinée aux 72-83 ans.

Il a également publié de nombreuses poésies, des pièces de théâtre, des essais, écrits des scénarios de BD.
Libertaire et anar, il est partagé entre critique sociale, distance cynique, humour lamentable et gravité libertaire. Il voudrait être considéré, c’est lui qui le dit, comme un « styliste pusillanime », alors qu’il n’est que la cause d’une certaine déforestation. Adepte de l’Oulipo, il pratique assidûment l’écriture à contraintes ; il participe notamment à l’émission « Des Papous dans la tête » sur France Culture.

Source : Gallimard

Marc Villard a plus d’une corde à son arc : en plus d’être écrivain, il est également concepteur graphique, scénariste et dialoguiste pour le cinéma et la télévision.
Il débute en littérature en 1971 avec un recueil de poèmes intitulé « L’Amer ». Il anime par la suite plusieurs revues avec des amis poètes comme Darnaudet, Messac et Labarrière.
En 1981, il publie alternativement un roman noir, « Légitime démence », un premier recueil de nouvelles, « Nés pour perdre » et un scénario, « Neige ». Il va s’affirmer comme l’un des meilleurs nouvellistes de sa génération avec trois cents nouvelles écrites.

Il a publié au fil des ans plusieurs livres autofictionnels rédigés sur un mode humoristique (« Un jour je serai latin lover », « J’aurais voulu être un type bien »). Il dirige la collection Polaroïd (in8).
Depuis plusieurs années, il propose des lectures de ses textes accompagné par des musiciens de jazz : Pierrick Pedron, Eric Le Cardinal, Bernard Lubat, Dominique Delahaye. Il produit également des lectures dessinées avec Chauzy et Peyraud. À ce jour, il a publié plus de 500 nouvelles.

Source : evene.fr